"Plusieurs minutes de tensions s'écoulèrent. Les deux combattants étaient silencieux, immobiles, leurs sabres suspendus en l'air, la pointe visant la pointe, mais séparés par une distance de près de trois mètres."
Lundi 16 juin 2008- 08h30
Et dire que c'est aujourd'hui. Et dire que dans quelques minutes je vais passer mon permis, après avoir raté ma dernière leçon de conduite samedi pour avoir loupé le bus; après avoir mobilisé toute ma volonté pour résister plusieurs fois à l'envie de détruire méticuleusement et pièce par pièce la peugeot 206 de l'auto-école; après avoir maudit successivement François Isaac de Rivaz, Benz, Daimler et Renault, ces imbéciles qui n'ont rien trouvé de mieux à faire que de participer au complot automobile... Bref, cette journée est décisive, autant pour moi que pour le sort de la 206...
AUUUU SECOUUUUUUUURS !!
Le voilà qui arrive... Voyons, as-t-il l'air machiavélique? Mouais, je sais pas, il a un drôle de look de fashion en tout cas... Bon normalement la fille passe avant moi, j'ai le temps de lire un peu, histoire de me détendre.
"Tout en guettant de son ½il de lynx la moindre faute de son adversaire, Musashi comptait ses respirations. Non seulement il voulait mais il devait gagner. Il avait la conscience aiguë de se tenir une fois encore à la frontière: d'un côté la vie, et de l'autre la mort"
"_Qu'est-ce que vous lisez? [réveil brutal à la sordide réalité]
_ Musashi, d'Eiji Yoshikawa
_ Miyamoto Musashi, le maître du sabre? Il est sorti depuis longtemps ce livre, non?
_ Oui, mais une nouvelle édition a été publiée récemment... "
Et blablabla et blablabla, finalement, il n'a pas l'air si méchant cet inspecteur, j'aime les gens qui causent... Bon, la fille viens de partir avec la 206 que je hais tant. J'ai 25 minutes de tranquillité devant moi...
...
...
N'empêche je me dis... Il devait stresser aussi, Musashi, lorsqu'il combattait. Pire que le stress, la peur... Combattre pour sa vie, c'est tout de même autre chose que de passer son permis de conduire... Ah, il se moquerait bien de moi s'il pouvait me voir appréhender autant un petit passage d'examen. Mais quand même, je n'ai pas le droit à l'erreur, sinon je dois repasser le code... KUSOOOO ! J'ai pas envie !
"A mesure que son excitation croissait, son c½ur se mettait à battre la chamade. S'il avait été un homme ordinaire, il eût risqué d'être aspiré dans un tourbillon de confusion, et de succomber. Mais il garda la tête froide, secouant son sentiment d'insuffisance comme s'il se fût agi que d'un peu de neige sur sa manche."
QUOI? C'est déjà à mon tour de passer? Ah bah zut alors, moi qui pensait avoir 25 minutes devant moi, il s'avère que la demoiselle a finit 15 minutes en avance. Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse ennemie !
[Marche funèbre vers la macabre 206]
"Musashi ne voyait plus devant lui un gros bloc de pierre. Lui-même n'existait plus en tant que personne distincte. Il avait oublié sa volonté de vaincre. Il voyait la blancheur de la neige tomber entre lui-même et l'autre homme, et l'esprit de la neige était aussi léger que le sien propre. L'espace paraissait maintenant une extension de son propre corps. Il était devenu l'univers, ou l'univers était devenu lui. Il était là sans être là."
C'est dans ces dispositions d'esprit que mon combat commença. Le combat entre moi... et moi... La voiture devait être l'extension de mon corps, comme devait l'être le sabre d'un samouraï, mes perceptions éveillées, l'esprit serein...
Mais comment se concentrer sur le moment présent lorsque l'inspecteur qui avait paru amical d'un premier abord, se révélait se métamorphoser en l'expression tératologique du machiavélisme sadisant?
Comment se concentrer lorsque le directeur de l'auto-école, en croyant qu'il est de son devoir d'entamer la conversation, s'évertue à parler de charcuterie avec l'inspecteur (???) qui lui, en revanche, n'est pas très bavard... Malgré cela, les 25 minutes passèrent très vite. Pas de fautes graves, mais quelques remarques acerbes tout de même.
Voilà. L'examen est finis. Le suspense est total. Mais le lendemain, je reçois la feuille, aussi menaçante qu'une lettre de cachet dont l'auteur serait l'inspecteur machiavélique qui cache sa cruauté derrière son look de fashion.
Mais... tout compte fait... peut-être n'était-il pas si cruel et machiavélique, me disais-je, lorsque je vis que le monarque absolu avait entouré la mention "Favorable" et m'avais mis que des "A" !
ARIGATÔÔÔÔÔ !!
"Le deuxième cri terrifiant _ le cri de guerre de Denshichiro _ fut brisé net au milieu; le son interrompu s'évanouit dans l'espace qui les entourait. Musashi bondit si haut qu'il semblait jailli du niveau de la poitrine de son adversaire. La forte charpente de Denshishiro tituba en arrière et s'effondra dans un tourbillon de neige blanche."
![[1/2] L’appel des geoooooorges profoooondes...](http://c6.img.v4.skyrock.net/c64/esgaelin/pics/1887519211_small_5.jpg)
